Juillet 2026 est le mois du passage à l’acte. Trois hôtels de station changent de mains des deux côtés de la frontière : Atalante Hôtels prend le contrôle du Pic Blanc à l’Alpe d’Huez, le family office de l’industriel Pierre Bastid rachète La Savoyarde à Val-d’Isère pour y installer un Nolinski, et l’investisseur londonien Maya Capital engage plus de 50 millions de francs sur l’Hôtel Belmont de Crans-Montana. Le cadre suit le capital : la loi « pour une montagne vivante et souveraine », définitivement adoptée le 21 juillet, assouplit la règle d’urbanisation en continuité, quarante ans après la première loi Montagne. La commande olympique se concrétise avec le village des athlètes de Saint-Jean-de-Sixt, confié à Bouygues Immobilier. Côté performance, le RevPAR des Alpes suisses affiche 63,8 % de progression sur 2019, et l’été d’altitude capte une demande dopée par la chaleur : 48,7 % d’occupation prévisionnelle en France, 35 % de premiers passages supplémentaires sur les remontées suisses par rapport à la moyenne quinquennale.
Le 21 juillet 2026, Atalante Hôtels a acquis l’hôtel Le Pic Blanc, établissement 4 étoiles de 92 chambres situé au pied des pistes de l’Alpe d’Huez, en Isère. L’opération, révélée le 27 juillet par CFNEWS IMMO, constitue la première acquisition en hôtellerie de montagne de cette plateforme européenne d’investissement et de gestion fondée et présidée par Georges Meurisse. Atalante exploite aujourd’hui 31 hôtels totalisant 2 600 chambres dans trois pays, pour un chiffre d’affaires supérieur à 80 millions d’euros et plus de 350 millions d’euros d’actifs sous gestion, en partenariat avec Accor, Best Western et IHG. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué.
Pourquoi c’est important : Une plateforme jusqu’ici positionnée sur les marchés urbains et secondaires qui bascule vers la montagne, c’est un acquéreur solvable de plus dans le vivier des cessions alpines. Avec 92 clés au pied des pistes, l’actif atteint la taille critique que recherchent les investisseurs institutionnels, encore rare dans les stations françaises où le parc reste morcelé. Pour les propriétaires, la leçon est concrète : les actifs de plus de 80 chambres et à l’emplacement ski-in trouvent aujourd’hui preneur auprès d’opérateurs capables de financer le capex et d’apporter une enseigne. Pour les acheteurs, l’arrivée de ces plateformes intégrées relève le niveau d’exigence sur la préparation des dossiers et la rapidité d’exécution.
Selon le bulletin des transactions européennes publié par HVS le 8 juillet 2026, Zaka Investments, bras immobilier du family office de l’industriel français Pierre Bastid, a acquis l’Hôtel La Savoyarde à Val-d’Isère, établissement 3 étoiles de 50 chambres. L’actif sera entièrement rénové et repositionné sous l’enseigne Nolinski Val d’Isère, avec 45 chambres et suites réparties sur six niveaux, dont des chambres à balcon et des chambres communicantes pour les familles. Le futur hôtel comprendra un restaurant, un bar, un spa avec piscine intérieure et un club enfants. L’exploitation sera assurée par Evok Collection, branche hôtelière du même family office. Ouverture annoncée en décembre 2029.
Pourquoi c’est important : L’opération illustre le modèle qui domine désormais le luxe alpin : un patrimoine familial qui achète les murs, une marque maison qui exploite, et un cycle de création de valeur assumé sur quatre ans. Le passage de 50 chambres 3 étoiles à 45 clés positionnées dans le très haut de gamme est une leçon de programmation : on perd des clés pour gagner de la surface par chambre et donc de l’ADR. Pour les détenteurs d’actifs anciens dans les stations de premier rang, cela confirme qu’un 3 étoiles vétuste vaut aujourd’hui son potentiel de repositionnement, pas son exploitation actuelle. Le calendrier, postérieur aux Jeux de 2030, montre aussi que les investisseurs raisonnent au-delà de l’échéance olympique.
Le 29 juin 2026, htr hotelrevue a révélé que l’Hôtel Belmont de Crans-Montana, établissement 3 étoiles de 42 chambres complété par trois appartements privés, passait sous le contrôle de Maya Capital, investisseur immobilier basé à Londres. Le vendeur est Alain Duc, ancien président de la société des hôteliers de la station. L’acquéreur prévoit plus de 50 millions de francs pour repositionner totalement l’établissement en 5 étoiles, avec la création d’un restaurant, d’un bar et d’un espace wellness, sous réserve de l’obtention des autorisations de construire. L’hôtel domine le golf, à proximité d’un domaine skiable désormais exploité par Vail Resorts. Maya Capital souligne une offre 5 étoiles limitée dans la station face à une demande internationale soutenue.
Pourquoi c’est important : Plus de 50 millions de francs pour 42 chambres, soit au-delà de 1,1 million de francs par clé sur le seul volet transformation, donne un repère de marché précieux pour tout arbitrage entre construction neuve et repositionnement dans les Alpes suisses. L’opération valide surtout une thèse d’investissement lisible : acheter la rareté foncière d’une station internationale, puis combler un déficit d’offre 5 étoiles que la demande finance déjà. L’arrivée de capitaux britanniques aux côtés d’un exploitant de domaine nord-américain confirme la profondeur du marché helvétique pour les investisseurs étrangers. Pour les propriétaires familiaux qui préparent une transmission, c’est le signal que le potentiel de montée en gamme se monétise aujourd’hui.
Le 2 juillet 2026, le groupe Chapitre Six a dévoilé le Bourbon Hotel, 5 étoiles de 31 chambres dont 3 suites, qui ouvrira en décembre 2026 à Courchevel 1850 sur l’emplacement de l’ancien Hôtel des 3 Vallées. Le parti pris esthétique s’écarte des codes du chalet alpin au profit de l’ambiance des clubs londoniens, avec bois sombres, velours profonds et éclairages tamisés, dans une architecture intérieure signée Studio Henry et une direction artistique confiée à Pierre Alexis Guinet. L’établissement proposera un bar à vinyles doté d’une cheminée, un spa dédié à la contrast therapy avec bassin, sauna et hammam, un accès ski-in ski-out et le restaurant italien Simonetta confié au chef étoilé Simone Zanoni. Le groupe exploite déjà La Ponche à Saint-Tropez et le Cap d’Antibes Beach Hotel.
Pourquoi c’est important : Sur le marché le plus cher de France, où le résidentiel dépasse 14 000 euros le mètre carré, la différenciation devient le seul relais de croissance de l’ADR : quand tous les palaces déclinent le même vocabulaire alpin, l’écart se creuse sur le concept. Le format de 31 clés confirme aussi la viabilité des petites capacités à très fort revenu par chambre, un modèle plus accessible aux investisseurs privés que les grands paquebots hôteliers. Enfin, la reprise d’un actif historique plutôt qu’une construction neuve rappelle une réalité de Courchevel 1850 : le foncier disponible n’existe plus, et la création de valeur passe par le remplacement de l’offre existante. Les opérateurs lifestyle multi-sites deviennent, à ce titre, des preneurs crédibles pour les propriétaires de murs.
Après un accord en commission mixte paritaire le 16 juillet 2026 et un vote de l’Assemblée nationale le 20 juillet, le Sénat a définitivement adopté le 21 juillet 2026 la proposition de loi « pour une montagne vivante et souveraine », quarante ans après la première loi Montagne. Présenté comme un acte III, le texte rend opérationnel le principe de différenciation pour les territoires d’altitude. En urbanisme, le principe de continuité du code de l’urbanisme intègre désormais les caractéristiques locales de l’habitat traditionnel, les constructions déjà implantées, l’existence de voies et de réseaux et les coupures physiques. Dans les communes soumises à la fois aux lois Littoral et Montagne, le schéma de cohérence territoriale peut délimiter un périmètre où la loi Littoral ne s’applique pas, hors bordure des plans d’eau de plus de 1 000 hectares et bande des 100 mètres. Le texte autorise également des retenues collinaires multiservices incluant les loisirs de neige. Le Conseil constitutionnel a été saisi le 23 juillet 2026.
Pourquoi c’est important : L’urbanisme est le premier facteur de blocage des projets touristiques en montagne, bien avant le financement. En intégrant l’habitat traditionnel et les réseaux existants dans l’appréciation de la continuité, le législateur rouvre des gisements de terrains constructibles à proximité immédiate des noyaux bâtis, précisément là où les lits chauds ont le plus de valeur. L’effet le plus concret sera juridique : des permis mieux fondés, donc moins vulnérables au contentieux, ce qui raccourcit les délais et réduit la prime de risque des opérations. La reconnaissance des retenues collinaires multiservices sécurise par ailleurs la ressource en eau des domaines skiables, un paramètre désormais scruté dans toute due diligence d’actif de station. Pour les promoteurs et les investisseurs, le calendrier des opérations gagne en visibilité.
Le 31 juillet 2026, la Solideo a dévoilé le projet du village des athlètes de Saint-Jean-de-Sixt, en Haute-Savoie, retenant le groupement mené par Bouygues Immobilier avec les agences d’architecture Petitdidier Prioux et Arcane, les paysagistes ADP concepteur et Atelier LJN et le bureau d’études C+Pos. Implanté sur près de 3 hectares au site du Crêt, le village accueillera près de 1 000 lits destinés aux athlètes du biathlon, au Grand-Bornand, et du ski de fond, à La Clusaz. Les bâtiments mêleront pierre et bois, dans une écriture inspirée des chalets hauts-savoyards. Après les Jeux, le site sera reconverti en une soixantaine à quatre-vingts logements, environ 75 unités dont la moitié en logement locatif social ou en bail réel solidaire, complétés par un gymnase, un pôle enfance et un pôle dédié aux aînés. Le permis de construire doit être déposé dans les derniers mois de 2026, pour des travaux conduits entre 2027 et 2029 et une livraison au comité d’organisation avant la fin de l’été 2029.
Pourquoi c’est important : La commande olympique quitte le registre de l’annonce pour celui du calendrier ferme : permis fin 2026, chantier 2027 à 2029, livraison été 2029. Cette séquence fixe la fenêtre utile pour tous les autres projets d’hébergement du massif des Aravis, car un lit chaud doit être livré avant l’événement pour en capter la valeur. Le point clé pour les investisseurs est que ce village ne crée aucune capacité marchande durable : il devient du logement permanent, dont la moitié en logement abordable. Le besoin hôtelier des Aravis, massif jusqu’ici positionné sur une clientèle de proximité, reste donc entier au moment même où les Jeux vont lui offrir une visibilité internationale. C’est un appel d’offres implicite pour l’hôtellerie et la résidence de tourisme.
Dans le chapitre suisse du guide Hotel Management & Transactions 2026, publié le 24 juin 2026, le cabinet CMS von Erlach Partners dresse un état des lieux favorable du marché helvétique. L’hôtellerie suisse a généré 6,2 milliards de francs de recettes d’hébergement en 2025, en progression de 3,9 %, une croissance portée par la demande davantage que par les prix. Les régions alpines, Valais, Grisons et Oberland bernois, concentrent près d’un tiers des nuitées nationales et affichent un RevPAR en hausse de 63,8 % par rapport à 2019. Le prix moyen par chambre atteint 162 francs en janvier, 133 francs en août et environ 410 francs dans les 5 étoiles. Le marché de l’investissement a touché un niveau historique de 428 millions d’euros en 2025, dont près des deux tiers portés par des institutionnels, pour une fréquence encore modeste de 5,6 actifs échangés par an entre 2019 et 2025. L’acquisition par Swiss Life du Seminarhotel Bocken, 40 chambres, marque le premier retour institutionnel significatif depuis 2020.
Pourquoi c’est important : Une progression de 63,8 % du RevPAR alpin en six ans ne relève pas du rebond post-crise mais d’un repositionnement durable du niveau de prix, et c’est ce socle qui rend finançables les projets de montée en gamme comme celui de Crans-Montana. Un ADR de 410 francs dans le 5 étoiles fournit le chiffre de référence pour tout business plan de repositionnement en Suisse. Le second enseignement porte sur la liquidité : 5,6 transactions par an sur un marché de cette taille signifie qu’il n’existe pas de marché ouvert, et que l’accès au deal flow off market est le véritable avantage compétitif. Le retour des investisseurs institutionnels apporte enfin la profondeur qui manquait depuis 2020, avec à la clé une compression progressive des taux de rendement sur les meilleurs actifs.
Les deux versants alpins profitent d’un été de forte chaleur. En Suisse, les remontées mécaniques ont enregistré entre mai et fin juin 5 % de premiers passages supplémentaires sur un an et 35 % de plus que la moyenne des cinq dernières années, selon Remontées Mécaniques Suisses le 8 juillet 2026, l’Oberland bernois progressant de 29 % grâce au retour à pleine exploitation du Schilthornbahn. L’Engstligenalp compte 30 % de visiteurs supplémentaires sur un an, l’afflux de clientèle indigène compensant le recul des marchés asiatiques. En France, la canicule dope les réservations de dernière minute : l’ANMSM relève 2,5 % de réservations supplémentaires en une semaine pour un taux d’occupation de 48,7 % sur juillet et août, en hausse de 0,8 point sur un an et de 3,6 points sur 2024, d’après les données du cabinet G2A. Club Med attend 45 000 clients dans ses villages alpins, soit 15 % de plus qu’un an plus tôt, pour un taux d’occupation moyen de 79 %.
Pourquoi c’est important : La chaleur en plaine installe une prime d’altitude qui n’a plus rien de conjoncturel : elle se lit dans les passages sur les remontées comme dans les réservations d’hébergement, en France comme en Suisse. Les 79 % d’occupation de Club Med démontrent surtout qu’un produit calibré pour l’été, avec activités et services intégrés, atteint des niveaux de remplissage estivaux comparables à ceux de l’hiver. Pour l’investisseur, cela déplace le curseur de la valorisation : un actif ouvert et équipé douze mois lisse le RevPAR annuel et réduit la dépendance à l’enneigement, deux critères qui pèsent désormais autant que l’emplacement. La montée du dernier moment dans les réservations rend enfin le yield management décisif, et donc la qualité de l’exploitant déterminante dans le rendement des murs.
Signal #1 : Demande, la prime d’altitude devient structurelle des deux côtés de la frontière
Les stations françaises affichent 48,7 % d’occupation prévisionnelle sur juillet et août, en hausse de 0,8 point sur un an, avec des réservations de dernière minute dopées par la chaleur et 79 % de remplissage dans les villages alpins de Club Med. En Suisse, les remontées mécaniques enregistrent 35 % de premiers passages de plus que leur moyenne quinquennale. L’été n’est plus un complément de saison : il devient un moteur de revenus qui lisse le RevPAR annuel et réduit l’exposition à l’enneigement.
Signal #2 : Capital privé, family offices et fonds étrangers passent à l’acte sur les hôtels de station
Trois opérations en un mois : Atalante Hôtels prend 92 clés à l’Alpe d’Huez, Zaka Investments transforme La Savoyarde de Val-d’Isère en Nolinski, et Maya Capital engage plus de 50 millions de francs sur l’Hôtel Belmont de Crans-Montana. Toutes reposent sur la même thèse : acheter la rareté foncière d’une station de premier rang, puis financer la montée en gamme. Un 3 étoiles vétuste se valorise désormais sur son potentiel de repositionnement plutôt que sur son exploitation.
Signal #3 : Cadre et JO 2030, l’urbanisme de montagne s’assouplit et la commande olympique se concrétise
L’adoption définitive de la loi « pour une montagne vivante et souveraine » le 21 juillet 2026 assouplit le principe d’urbanisation en continuité et sécurise la ressource en eau des domaines skiables, deux leviers directs de faisabilité pour les opérations de station. En parallèle, le village des athlètes de Saint-Jean-de-Sixt entre en phase opérationnelle avec Bouygues Immobilier, sur un calendrier ferme jusqu’à l’été 2029. Reconverti en logements permanents, il laisse le besoin d’hébergement marchand des Aravis entièrement ouvert.
HoliProject Switzerland est une société de conseil et transaction pour les acteurs de lʼhôtellerie opérant en France et en Suisse. Nous accompagnons les investisseurs et exploitants dans la réussite de leurs projets hôteliers – du conseil stratégique à la gestion de projet – afin de transformer les tendances du marché en opportunités concrètes.