Juin 2026 confirme un marché alpin porteur malgré l’intersaison. La demande se réserve l’été : les stations françaises affichent un taux d’occupation prévisionnel de 48,7 % pour juillet-août, tandis que l’hôtellerie suisse boucle un hiver record à 18,7 millions de nuitées, portée par une clientèle américaine au plus haut depuis trente ans. Côté capital, le baromètre Hotel Investor Compass 2026 de Cushman & Wakefield montre que 91 % des investisseurs comptent acquérir un hôtel cette année, et Eternam lance un troisième fonds hôtelier de 60 à 80 M€. La structuration s’accélère aussi sur le terrain : près de 4 900 nouvelles unités d’hébergement se préparent dans les Alpes du Nord à l’horizon des JO 2030, et la Compagnie du Mont-Blanc rachète puis rouvre l’Hôtel & Spa Les Grands Montets. Enfin, trois mouvements de fond (reflux de la location courte durée, diffusion de l’IA, transition à la tête d’Accor) rebattent les cartes pour les exploitants. Ce mois mobilise deux études de référence (Cushman & Wakefield et In Extenso) pour compléter une actualité d’intersaison.
Le 26 juin 2026, l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) a publié ses prévisions pour l’été. Le taux d’occupation prévisionnel des mois de juillet et août atteint 48,7 %, en progression de 0,8 point sur un an et de 3,6 points par rapport à l’été 2024. Les réservations hebdomadaires progressent de 2,5 %. Les Alpes du Nord surperforment, le Sud reste à un niveau satisfaisant et les Pyrénées voient une partie de la demande se reporter sur août. Selon son président Jean-Luc Boch, « les fortes chaleurs, les contraintes budgétaires et la préférence pour des vacances de proximité soutiennent la fréquentation estivale des stations ». 42 d’entre elles sont aujourd’hui labellisées « Famille Plus ».
Pourquoi c’est important : Pour l’investisseur en immobilier touristique alpin, ces chiffres confirment la bascule vers un modèle quatre saisons. La saison estivale n’est plus une variable d’ajustement : elle sécurise une part croissante du taux d’occupation annuel et lisse le RevPAR sur douze mois. Les actifs équipés pour l’été (VTT, activités outdoor, wellness, offre famille) captent une demande qui progresse plus vite que l’offre. Cette montée en charge réduit la dépendance à l’enneigement et renforce la résilience des cash-flows, deux critères désormais déterminants dans l’arbitrage entre stations et dans la valorisation des murs.
Selon les résultats provisoires de l’Office fédéral de la statistique publiés le 8 juin 2026, l’hôtellerie suisse a enregistré 18,7 millions de nuitées au cours de la saison d’hiver 2025-2026 (novembre à avril), son meilleur résultat jamais atteint, en hausse de 1,1 % (+198 000 nuitées). La demande indigène progresse de 1,6 % à 9,5 millions de nuitées et la demande étrangère de 0,5 % à 9,3 millions. La clientèle européenne reste la première source étrangère (62,6 % du total, +1,8 %). Le continent américain signe un nouveau record à 1,8 million de nuitées (+5,5 %), les États-Unis affichant leur meilleur résultat des trois dernières décennies.
Pourquoi c’est important : La Suisse confirme son statut de marché refuge pour les capitaux internationaux. Un record historique sur fond de franc fort valide la robustesse du modèle helvétique et la prime favorable de ses actifs hôteliers. Pour un portefeuille européen, les destinations alpines suisses (Verbier, Zermatt, Saint-Moritz, l’Engadine) offrent une diversification recherchée, soutenue par une rareté foncière structurelle et un niveau de service premium. La très forte progression de la clientèle nord-américaine, à fort pouvoir d’achat, soutient l’ADR et donc le RevPAR : un signal favorable pour les opérateurs positionnés sur le haut de gamme.
Le 11 juin 2026, une étude relayée par Lyon Entreprises recense 67 projets d’hébergement actifs dans les Alpes du Nord à l’horizon des Jeux olympiques d’hiver 2030, dont 36 hôteliers et 31 para-hôteliers. Au total, près de 4 900 nouvelles unités d’hébergement sont attendues, soit environ 2 800 chambres hôtelières et 2 100 logements para-hôteliers. Les développements se concentrent sur les grandes stations : Courchevel, Les Belleville, Tignes, Val d’Isère, La Plagne, Chamrousse et l’Alpe d’Huez, et ciblent majoritairement les segments milieu de gamme, haut de gamme et luxe. Selon l’étude, les Jeux constituent un puissant accélérateur de visibilité internationale pour ces investissements.
Pourquoi c’est important : Les Jeux olympiques 2030 agissent comme un accélérateur de capitaux pour l’immobilier alpin. Un pipeline de 4 900 unités à cinq ans donne une lisibilité rare sur le rythme de création de lits chauds, condition essentielle au remplissage des domaines skiables. Pour les investisseurs, l’enjeu est double : se positionner en amont sur le foncier rare des grandes stations, et anticiper le rattrapage de l’offre haut de gamme, encore sous-dimensionnée face à la demande internationale. La concentration des projets sur quelques stations phares renforcera la prime de localisation et la compétition sur les meilleurs emplacements.
La Compagnie du Mont-Blanc poursuit sa diversification dans l’hôtellerie. Après l’acquisition du RockyPop des Houches (3 étoiles, 148 chambres) le 1er février 2026, l’opérateur a officialisé le 30 avril 2026 le rachat de l’Hôtel & Spa Les Grands Montets, établissement 4 étoiles de 39 chambres situé à Argentière, au pied du domaine éponyme. Doté d’un spa complet et d’espaces séminaires, l’hôtel a rouvert le 15 juin 2026 pour la saison estivale. L’objectif affiché n’est pas la croissance financière immédiate, mais la création d’un laboratoire d’innovation pour tester de nouvelles façons d’assembler les offres et d’optimiser la conversion vers les remontées mécaniques.
Pourquoi c’est important : L’intégration verticale d’un domaine skiable vers l’hôtellerie illustre une tendance de fond : les opérateurs de remontées cherchent à capter davantage de valeur sur l’ensemble du séjour et à sécuriser des lits chauds à proximité immédiate des pistes. Pour le marché, c’est un signal de demande supplémentaire sur les actifs hôteliers de station, en particulier le 4 étoiles avec spa, format très recherché. Pour les vendeurs et propriétaires, l’arrivée d’acquéreurs adossés à un domaine élargit la base d’acheteurs solvables et soutient les valorisations sur les emplacements ski-in/ski-out.
Le 12 mai 2026, la société de gestion Eternam a annoncé le lancement d’Alcyon Hospitality Europe (AHE), troisième millésime de sa gamme de FPCI dédiée à l’hôtellerie, après un premier fonds Alcyon lancé en 2020 et Alcyon 2 en 2022. Doté d’une taille cible de 60 à 80 millions d’euros, ce nouveau véhicule confirme l’appétit persistant des investisseurs financiers pour la classe d’actifs hôtelière, dans un marché de plus en plus disputé. Eternam a multiplié les opérations ces derniers mois et s’appuie sur un réseau d’exploitants pour déployer son capital sur des actifs à repositionner.
Pourquoi c’est important : Le lancement d’un troisième millésime dédié confirme que l’hôtellerie reste une classe d’actifs prisée des gérants et de leurs souscripteurs, malgré un environnement de taux encore exigeant. Pour les vendeurs alpins, l’arrivée de capitaux frais ciblant le repositionnement d’actifs élargit le nombre d’acquéreurs potentiels et raccourcit les délais de cession. Pour les exploitants, ces fonds apportent le capex nécessaire à la montée en gamme. La compétition entre véhicules tire les processus vers plus de professionnalisme et favorise les dossiers bien préparés, au track record lisible.
L’édition 2026 du Hotel Investor Compass de Cushman & Wakefield, baromètre annuel des intentions d’investissement hôtelier en Europe, confirme un climat porteur. 86 % des investisseurs interrogés prévoient d’allouer autant ou plus de capital qu’en 2025, 58 % comptent augmenter leurs investissements et 91 % envisagent d’acquérir au moins un hôtel cette année. Le rendement des fonds propres attendu s’établit en moyenne à 15,6 % et chaque investisseur dispose d’environ 200 millions d’euros de capacité. La France figure dans le trio de tête des marchés les plus attractifs, derrière l’Italie et la péninsule ibérique, la zone Nice-Cannes gagnant 9 % d’attractivité.
Pourquoi c’est important : Ce baromètre, cité comme référence de marché, donne le pouls du capital disponible pour l’hôtellerie européenne. Un taux d’intention d’acquisition de 91 % et 200 millions d’euros de capacité par investisseur signalent une pression acheteuse soutenue, favorable aux vendeurs bien positionnés. La présence de la France dans le trio de tête et la dynamique de la Côte d’Azur confirment l’intérêt pour les actifs resort et loisir, dont les stations alpines font partie. Pour les détenteurs d’actifs, la fenêtre est propice à la cession ou à la levée de capitaux ; pour les acheteurs, la sélectivité et la rapidité d’exécution restent décisives.
Dans ses perspectives pour 2026, le cabinet In Extenso Tourisme, Culture & Hôtellerie dresse le bilan d’une année 2025 solide, avec un RevPAR français en progression de 2 %. Pour 2026, In Extenso anticipe une croissance plus mesurée du RevPAR, comprise entre -0,5 % et +1 % au global, avec des écarts régionaux marqués : +3 % attendus sur la Côte d’Azur, +2 % à Paris, +1 % en Île-de-France et en régions. Le cabinet parle d’un « optimisme prudent », porté par la résilience de la clientèle loisir et internationale, malgré un calendrier événementiel moins favorable qu’en 2025.
Pourquoi c’est important : Ces projections, présentées comme une référence de marché, invitent à la sélectivité. Dans un contexte de croissance globale atone, l’écart de performance entre destinations se creuse : les marchés loisir et internationaux, dont les Alpes, conservent un potentiel supérieur à la moyenne nationale. Pour l’investisseur, la leçon est claire : la création de valeur viendra moins d’un effet de marché général que de la qualité de l’actif, de son positionnement et de la capacité de l’exploitant à défendre son ADR. Le haut de gamme alpin, soutenu par une demande internationale, reste l’un des segments les mieux orientés.
Dans sa veille de juin 2026, Moon Hospitality met en avant trois signaux pour le secteur. Premièrement, la location de courte durée perd en attractivité : selon une étude YouGov pour Catella, 34 % des utilisateurs envisageraient de se reporter vers l’hôtel si les tarifs de la courte durée continuaient d’augmenter, ce qui renforce la résilience du modèle hôtelier traditionnel. Deuxièmement, l’intelligence artificielle générative s’accélère dans l’hôtellerie française : d’après une enquête Food Hotel Tech, 79 % des hôteliers l’utilisent déjà et 82 % prévoient d’augmenter leurs investissements, l’enjeu devenant surtout organisationnel et humain. Troisièmement, Sébastien Bazin a annoncé que son mandat actuel à la tête d’Accor serait le dernier, après plus de treize ans durant lesquels le groupe est passé de 14 à 44 marques et compte près de 6 000 hôtels.
Pourquoi c’est important : Ces trois signaux dessinent l’environnement dans lequel s’inscrivent les actifs alpins. Le reflux relatif de la location courte durée, conjugué à l’échéance réglementaire française, ramène une partie de la demande vers l’hôtellerie structurée : un avantage pour les exploitants professionnels. La montée de l’IA déplace la création de valeur vers la donnée client, l’optimisation tarifaire et la productivité, autant de leviers de RevPAR et de marge. Enfin, la transition à la tête d’Accor rappelle que la gouvernance des grands opérateurs est un facteur d’arbitrage : changements de stratégie, d’enseignes et de contrats de gestion peuvent rebattre les cartes pour les propriétaires murs.
Signal #1 : Demande, l’été montagne se réserve et la Suisse signe un hiver record
Les stations françaises affichent un taux d’occupation prévisionnel de 48,7 % pour juillet-août (+0,8 point), avec des réservations hebdomadaires en hausse de 2,5 % (ANMSM). En parallèle, l’hôtellerie suisse boucle un hiver record à 18,7 millions de nuitées, portée par une clientèle américaine au plus haut depuis trente ans. La demande touristique alpine reste robuste et de mieux en mieux répartie sur l’année, ce qui sécurise le RevPAR des actifs quatre saisons.
Signal #2 : Capital privé, les investisseurs confirment leur appétit pour l’hôtellerie
Le Hotel Investor Compass 2026 de Cushman & Wakefield indique que 91 % des investisseurs comptent acquérir un hôtel cette année et qu’ils disposent d’environ 200 millions d’euros de capacité chacun, la France figurant dans le trio de tête européen. Le lancement par Eternam d’un troisième fonds hôtelier (60 à 80 M€) confirme cet élan. Pour les vendeurs alpins bien positionnés, la profondeur de marché et la pression acheteuse restent favorables.
Signal #3 : Structuration, montée en gamme et JO 2030 prolongent le cycle alpin
Le pipeline de 4 900 nouvelles unités d’hébergement à l’horizon des JO 2030 et le rachat de l’Hôtel & Spa Les Grands Montets par la Compagnie du Mont-Blanc illustrent la professionnalisation et l’intégration verticale du marché. En parallèle, le reflux de la location courte durée et la diffusion de l’IA (Moon Hospitality, In Extenso) renforcent l’avantage des exploitants structurés et la prime aux actifs haut de gamme.
HoliProject Switzerland est une société de conseil et transaction pour les acteurs de lʼhôtellerie opérant en France et en Suisse. Nous accompagnons les investisseurs et exploitants dans la réussite de leurs projets hôteliers – du conseil stratégique à la gestion de projet – afin de transformer les tendances du marché en opportunités concrètes.